Quelques chiffres sur la perte auditive

Comment (dés)apprend-on à entendre?

Mon nouvel appareil auditif est trop fort, trop bruyant
Une situation de la vie quotidienne: au restaurant, une musique de fond trop forte vous tape sur les nerfs, les couverts s’entrechoquent, les verres se heurtent derrière le comptoir. Les bruits environnants forment une sorte de bouillie qui vous empêche de vous concentrer sur vos interlocuteurs. «Mon nouvel appareil auditif devait améliorer tout ça! Mais ce sont surtout les bruits que je ne voulais pas entendre qui sont amplifiés!» Tel est le ressenti de nombreux déficients auditifs qui sont appareillés après des années de troubles auditifs. Subitement, les bruits qu’ils n’entendaient plus depuis longtemps sont de nouveau perceptibles et ce qui ne semble nullement déranger les autres les perturbe au plus haut point. En effet, au fil des ans, le cerveau a désappris à étouffer les bruits sans importance.

L’audition sélective soulage le cerveau

Nous n’avons même pas conscience d’une grande partie de notre environnement sonore, par exemple les bruits permanents ou réguliers: le tic-tac de l’horloge, le train qui passe non loin ou la circulation intense à deux pas de la maison. Avec une bonne audition, on les entend si on se concentre, mais on les occulte ensuite très rapidement.

Ce phénomène est dû aux mécanismes de filtration de notre cerveau. Il évalue en permanence les informations qui entrent mais n’en transmet qu’une petite partie. Le système nerveux central apprend que le tic-tac de l’horloge n’est ni un danger ni une information importante et qu’il n’est pas utile d’y être sans cesse attentif. Ce mécanisme de filtration du cerveau empêche que les nombreuses sensations ne surchargent l’esprit.

Un environnement inhabituel renforce l’acuité de l’audition

On comprend à quel point ces mécanismes de filtration sont adaptés à l’environnement quand un citadin passe ses vacances à la campagne. La première nuit, il est presque inévitable qu’il se réveille en raison de bruits inhabituels. Son cerveau lui signale qu’ils ne peuvent pas être classés correctement et qu’il ne sait pas s’ils représentent un danger. Inversement, les habitants d’une zone rurale ne se sentent d’abord pas bien dans une grande ville. Ils ont du mal à sélectionner les informations pertinentes dans le brouhaha ambiant.

«Fonte musculaire» de l’audition

Les fonctions que le corps n’utilise pas pendant un certain temps sont désactivées ou réduites au minimum. Quand on immobilise une jambe suite à une fracture, les muscles non utilisés s’atrophient très rapidement. Après guérison, il faut reconstituer la masse musculaire grâce à un entraînement long et régulier, même si la jambe n’a été immobilisée que quelques semaines.

En cas de surdité, il arrive souvent que les mécanismes de filtration auditive ne soient pas sollicités pendant de nombreuses années. Pendant cette période, un déficient auditif non appareillé ne perçoit plus de nombreuses informations sonores, car l’oreille interne lésée ne les transmet plus. La capacité du cerveau à sélectionner les éléments importants et à occulter les autres s’atrophie de la même façon que les muscles après une fracture.

Sans appareil, le système auditif cherche avant tout à donner du sens aux informations qu’il perçoit. Après appareillage, de nombreuses informations sonores parviennent au cerveau. Il faut réapprendre à distinguer celles qui sont importantes et les autres. Ce processus d’apprentissage prend du temps. Au même titre qu’une fracture de la jambe nécessite plusieurs mois de rééducation, il faut aussi accorder ce temps à un système auditif qui a été limité pendant des années.

Les appareils auditifs ne filtrent pas comme le cerveau

Les appareils auditifs modernes aident le cerveau en étouffant certaines parties du bruit parasite. Ils amplifient surtout les signaux qui sont intéressants pour la personne concernée. Afin de faciliter la communication, le bruit environnant est atténué et les voix amplifiées de manière sélective.

Mais même les appareils auditifs les plus aboutis ne peuvent totalement remplacer les mécanismes de filtration du cerveau. En effet, seul le système nerveux central peut décider quelles informations sont pertinentes ou lesquelles représentent un danger potentiel, par exemple une moto arrivant à vive allure.

Plus la perte auditive est ancienne, plus les mécanismes de filtration auditive se réduisent. Ils peuvent toutefois être rééduqués – comme les muscles des jambes. Pour une rééducation de ce type, il est indispensable que les appareils auditifs soient portés, si possible, toute la journée afin que le cerveau s’entraîne suffisamment. Cette phase d’entraînement prend du temps: pas seulement quelques jours, mais bien des mois. L’audioprothésiste endosse alors le rôle du coach: tout comme on rajoute progressivement du poids à soulever aux barres de musculation, l’audioprothésiste aide à améliorer progressivement la capacité auditive et optimise petit à petit l’amplification des appareils.